Il y à ceux dont on parle, ceux qui nous inspirent, ceux qu'on déteste et ceux qu'on cotoie, puis il y à ceux qui traversent nos vis, ceux dont on ne parle pas, ceux qu'on vois pas, ceux auxquel on ne s'intéresse pas.

EPISODE 1

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3éme mois en captivité. Comme un chien je me suis roulé en boulle sur le lit froid. Dehors il caille, il neige, je sens son odeur mélangée avec le shit de mon compagnon de galère. On attend nos jugements.Moi pour présomption de viol. Lui pour braquage avoué.

3 mois sans voir personne de l'extérieur. La pute m'a gâché la vie, même ma mère ne me croit plus. J'avoue, elle m'a bien eut, mais comment peut elle dormir quand elle fait croupir un innocent dans un trou. Mon voisin hier s'est suicidé, une dose mortelle d'héroïne dans le bras. J'ai autant de chances que lui de tomber s'ils ne me sortent pas d'ici avant. Mais quand une femme t'accuse de tentative de viol, quand sa soeur s'improvise témoin, quelle chance à un homme de s'en sortir?

Il y a une semaine ils m'ont foutu dans l'isoloir. Cause: grève de la faim. J'ai cru devenir fou. J'ai compté les minutes puis je suis sombré dans une léthargie jusqu’à l'ouverture de la porte. Mes yeux n'ont pas assimilé la lumière tout de suite mais le coup de matraque je l'ai senti jusqu'au lendemain.

Tout ça est banal. Trop banal pour être un sujet de discussion. Un noir qui viole une fille. Un jeune de cité. Un connard qui n'a rien d’autres a foutre. Un macho, la dernier génération. Trop banal. Qu'il crève dans son trou à rat.

Je suis le déchet typique de la société. Dans la baine à ordure sans espoir de recyclage. Si je sors ça ne changera rien.

Shaina


Je kiffe les rappeurs. Je les cherche et quand je les trouve je ne les laisse pas me passer entre les doigts
La meilleure façon de les trouver c'est bien sûr en soirée mes dés que tu as les premiers contacts les choses viennent d'elles-mêmes. Je côtoie seulement ceux qui sont en tête d'affiche mais mes préférés sont les nouvelles découvertes. J'aime être la quand ils signent un contrat, j'aime avoir fait partie de celles qui étaient là au début.
Ils aiment ce qui brille, les talons, les mini-jupes, les hauts fondus dans le dos, les fesses serrées dans un tissus fin, les cheveux lissés, le maquillage qui brille. Ils aiment quand tu danse dans ton coin, quand tu t'approche s'ils te font signe. Ils aiment t'avoir à côté d'eux quand ils rentrent en soirée, que les autres te matent, qu'ils se demandent qui tu est. Ils ne te demandent pas de parler, juste d'être à côté, une poupée dans la nuit, qu'ils attendent de sauter la soirée finie.
Je suis tout ça. J'en vis. Je suis payé pour me pavaner devant les caméras de vidéo-clips. Mon corps est mon instrument de travail. Je m'asperge de crèmes avant chaque scène, mon maquillage est mon meilleur ami après ma coiffeuse. Je n'ai pas de pitié pour les autres filles, c'est à la guerre comme à la guerre, c'est à celle qui restera le plus longtemps en face de la caméra.
Je suis une belle plante qu'on arrose de cadeaux. Je change de mec comme de mouchoir, je suis connue dans le circuit, mais dans le milieu on est beaucoup, il ne faut jamais baisser la garde.
Le soir quand j'enlève mes talons mes pieds me font mal, ma peau tiraille jusqu'a quand le démaquillant la soulage, parfois je me regarde dans le miroir et je me ne reconnais pas. Mais j'aime le luxe, j'aime me sentir le centre d'attention de tous ces hommes, je ne pourrais pas vivre sans ça. J'ai vendu mon âme au diable, les paillettes sur ma peau ne s'enlèvent plus.

Sarah


26 ans. 1,70 cm. 59 Kg. DEA de Sociologie. 4 langues parlées couramment. 4 stages dans 4 grandes entreprises. Habitant dans 25 M2 d'un ami parti en voyage. Au chômage depuis 1 an. D’origine maghrébine (contre le CV anonyme).

Voilà mes chiffres. Banales pour une jeune femme de 26 ans habitant à Paris en 2006. Ma mère à cet âge était déjà mariée depuis 2 ans. Elle venait d'accoucher de son troisième enfant et vivait sa vie avec mon père dans leur petit appartements.
Moi je squatte depuis 8 mois le canapé d'un ami parti en Inde. Il espère trouver là-bas le chemin de sa vie. Je lui ait filé quelques offrandes pour les Dieux, qu'ils pensent à moi car ici personne n’y pensera.

Je me suis réveillé vers 12h30, juste le temps d'entrevoir la fin d'"Attention à la marche". J'ai envoyé mes 10 CV journaliers et j'ai bouffe un bol de pâtes chinoises acheté hier soir à l’épicerie du coin. Dehors il caille et ça fait 3 jours que je ne sort que pour acheter de quoi mal m'alimenter. Voilà mes journées. Je mate TF1 dans l'attente qu'on m'offre un autre stage en tant que "femme/photocopie/café/merci/aurevoir". Dans les journées ou mon âme d'ex-étudiante refait surface je zappe sur ARTE pour savoir comment attraper un petit oiseau dans la forêt d'Amazonie. On ne sait jamais.

J'ai pensé devenir agricultrice dans une ferme au Paraguay mais ça aurait détruit ma mère que je ne puisse pas rentrer assez souvent pour manger les petits plats qu'elle prépare avec tant de soin.
J'ai pensé apprendre à faire à manger moi même mais dans les 25M2 on n’a pas la place pour un four. Ni pour stocker de la farine d'ailleurs. Je me suis tenue à mes sachets de pâtes chinoises.

J'ai pensé devenir écrivaine. En vain. Pour écrire quoi? Ce qui vend en France c'est le trash. Car même pour vendre un livre de littérature faut passer par la case Ardisson: Sucer c'est tromper? Oui. 5 ans d'études universitaires pour ça.

J'ai pensé alterner stages et petits boulots pur une durée indéfinie. J'y ai pensé 5 minutes, puis j'ai changé de chaîne.

On nous décrit comme une génération sans idéaux. Pourtant on en a un bien précis. Gagner notre vie, acheter notre indépendance. Car se retrouver à 26 ans, sdf dans le salon d'un fou parti en Inde par désespoir, en train de manger de la soupe chinoise en sachet devant Delarue se demandant quelle place doivent avoir les animaux de compagnie dans notre vie, ce n'est pas une vie.

Sina