AfriEssence

22 mars 2007

De tout et de rien

Me voici enfin sur le continent américain petite Africaine passée par la France, sortie de son Sénégal natal il y a six ans.
Nous étions rêveurs Patient et moi et tous les autres, tous ceux qui en avaient assez de se faire répéter qu’ils n’étaient pas d’ici, pas de là ; tous ceux qui en avaient assez de galérer pour vivre, manger, loger, boire, étudier… au pays des droits de l’homme.

Et me voici au CANADA. Me voilà à Montréal. Me voici voilà au Québec.
Je veux parler de tout et de rien, finalement, de mes impressions au cours de ces deux mois ( déjà ou seulement?) dans la belle province.
J’ai été surprise d’entendre beaucoup d’immigrants (nouvellement arrivés ou parfaitement intégrés) me dire combien il leur était difficile de se faire des amis québécois, de discuter avec eux d’autre chose que de leur Québec natal. Pour le moment, je constate que les média québécois, sûrement comme ceux de toute l’Amérique du Nord sont centrés sur eux-mêmes ( n’est ce pas ce qu’on reprochait aux média français ? ) et sont, en gros, un subtil mélange de la télévision américaine et de celle française. L’Afrique ici reste une entité inconnue, noyée dans la guerre, le sida, la misère ( n’est-ce pas ce qu’on reprochait aux Français ? ).
J’ai été très étonnée d’entendre Guillaume Carle, grand chef de la Confédération des  peuples autochtones du Québec et du Canada déclarer, au sujet des conditions de vie des autochtones du Québec qu’elles étaient ‘pires qu’en Afrique’ le mardi 13 mars, sur les ondes de TVA. La connaissance du continent africain est aussi tronquée dans les deux pays.
    Laissez moi vous dire quel thème médiatique m’a accueillie au Québec ; celui des accomodements raisonnables, les média en étaient tous à de demander si l’accomodement ( donc l’intégration des migrants et l’acceptation des us et coutumes) devait venir des migrants ou des Québécois. La plupart des émissions ( radiophoniques ou télévisées) que j’ai eu à suivre sur le sujet m’ont cloué le bec : à les entendre, une Musulmane était forcément voilée, soumise ; une Québécoise pur laine convertie à l’islam les étonnait, voire heurtait. Je suis étonnée de voir comme les analystes, les chroniqueurs, les journalistes sont incapables de se départir de leur conditionnement pour poser un regard neuf sur les autres cultures ( en particuliers dès que cela a trait à la religion musulmane)
Une ville de la région de la Mauricie, Hérouville, a eu l’excellente idée de mettre en place un code pour les migrants pour  « favoriser leur participation à la vie communautaire et sociale » ;  l’excision, la lapidation, brûler des femmes vives ou se promener voilée, serait désormais interdit, et ce pour préserver la culture québécoise. La peur, la peur…de l’autre.
L’affaire va très loin puisque la ville de 1 500 habitants est poursuivie devant la Commission des droits de la personne du Québec par des leaders musulmans.
Pire, deux autres villes ont suivi l’exemple et ont demandé la révision des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés pour empêcher les accommodements raisonnables.



    On se rappelle du DR Mailloux qui déclarait que selon une étude, la "sélection artificielle" opérée par les Blancs lors de la traite des Noirs aux États-Unis aurait donné pour résultat un léger désavantage génétique des afro-américains sur le plan de l'intelligence?

Les élections approchent au Québec et dans ce cadre, les dérapages n’ont rien à envier à ceux de la France.
Un journalise d’une radio de Saguenay déclarait que  personne ne voudrait voter pour André Boisclair, chef du parti québécois (PQ) qui s’avère être un homosexuel, parce que c’est une tapette. Pas plus tard que ce matin, le débat se place autour de la problématique du foulard : doit on laisser les femmes voilées ( le visage entier camouflé sauf les yeux) voter, et certains de parler de déguisement, d’autres d’affirmer que le jour du vote, le 26 mars, certains arriveront en Batman d’autres en superman...bref, c’est à qui fera le plus d’humour noir.
Voilà, c’est le Canada que j’ai trouvé, le québec dans lequel j’ai décidé de vivre…Mais je pourrai aussi vous dire prochainement, ce qui va bien aussi, car plein de choses vont bien…
Rappelons nous juste que l’ignorance peut tuer et m’est avis que le Québec va encore nous surprendre sur le plan des questions de l’immigration.

Ayavi Lake

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07 décembre 2006

La francophonie: un néologisme inventé par Onésime Reclus

    Il y a deux mois, se tenait à Bucarest, la capitale de la Roumanie, le XIe sommet de la Francophonie. Ce sommet dont le thème portait sur « La Francophonie vers la société informationnelle et du savoir par l’éducation pour tous » a connu des moments forts. Outre la réélection du Secrétaire général monsieur Abdou Diouf et l’admission de nouveaux pays, la politique internationale de l’organisation a été à l’ordre du jour. Autant de réalités qui témoignent de l’importance de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) sur la scène internationale. Cet article retrace les grandes étapes qui ont jalonnées le parcours de cette institution.

La francophonie: un néologisme inventé  par Onésime Reclus

    La « francophonie » est un néologisme inventé par le géographe français Onésime Reclus  en 1880 dans son ouvrage France, Algérie et colonies . Il désigne sous ce mot l’ensemble des personnes et des pays vivant au-delà des frontières de la France  et utilisant la langue française quotidiennement à des titres variés. Très tôt ce géographe français aura l’idée de classer les habitants de la planète en fonction de la langue utilisée dans leur famille ou dans leurs relations sociales plutôt que de les juger sur des critères classiques de l’époque tels que l’ethnie, la race ou les avancées sociales. Le facteur linguistique lui apparaît comme un élément essentiel dans cette deuxième moitié du 19e siècle marquée par l’abolition de l’esclavage et le début d’une expansion coloniale.

    Outre la dimension linguistico-culturelle de la francophonie, Onésime Reclus en tant que fervent partisan des idéaux républicains de l’époque et grand militant de l’expansion coloniale française donne une dimension politique à ce mot. Il se fait l’ardent promoteur de l’aventure coloniale. Le continent africain apparaît très tôt comme sa cible privilégiée. Dans le premier chapitre de son ouvrage France, Algérie et colonies, il affirme que : « la France espère en ce continent. Déjà, dans les travaux et dans les larmes, elle vient d’y mettre au monde une nation nouvelle qui grandit sous les méridiens de Bayonne, de Toulouse, de Perpignan, de Nice, au milieu même du rivage septentrional de la terre mystérieuse dont les derniers secrets se découvrent » . Un peu plus loin il confirme que: « C’est ainsi que la France, fanée en Europe, refleurira peut être en Afrique. Nous sommes des vieillards, tout au moins des hommes flétris ; mais sans illusions pour nous-mêmes, nous rêvons des beaux destins pour notre dernier-né » .  Dans d’autres ouvrages aux titres évocateurs tels que : le partage du monde, un grand destin commence, Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique : où renaître et comment durer ? Onésime Reclus a toujours prôné l’expansion coloniale française tournée vers l’Afrique. D’ailleurs n’a-t-il pas soutenu qu’il faille ériger «  une Afrique française unifiée par la diffusion de la langue nationale ». A la mort de Onésime Reclus, en 1916, le mot va très vite tomber dans les oubliettes pour faire une nouvelle réapparition dans les années 1960 lors de la parution du numéro spécial de la revue Esprit, intitulé « Le Français dans le monde ».

Vers une francophonie institutionnelle

    La Francophonie institutionnelle est celle dont l’initial commence par un « F » majuscule. Elle désigne l’ensemble des gouvernements, pays ou instances officielles qui ont en commun l’usage du Français dans leurs travaux ou leurs échanges. Cette notion qui a été initiée par le général De Gaulle doit son existence actuelle à cinq grandes personnalités que sont : le Sénégalais Léopold S. Senghor, le Tunisien Habib Bourguiba, le Nigérien Hamani Diori, le Cambodgien Norodom Sihanouk et le Libanais Charles Hélou,  tous originaires d’ex-colonies françaises. En effet juste après l’accession à l’indépendance pour bon nombre de ces pays en 1960, ces personnalités proposèrent de regrouper les pays nouvellement indépendants, qui éprouvaient la nécessité de poursuivre avec la France des relations fondées sur des affinités culturelles et linguistiques.

    C’est ainsi qu’en 1960, des pays francophones créèrent la Conférence des ministres de l’éducation nationale des pays ayant en commun l’usage du français (CONFEMEN). Elle fut suivie de la création de l’Association des universités entièrement ou partiellement de langue française (AUPELF) en 1961. A cette époque la France apportait une aide à l’enseignement secondaire et universitaire à ses colonies. En 1967, la Francophonie franchit un autre pas en créant l’Association internationale des parlementaires de langue française (AIPLF) (devenue Assemblée Parlementaire de la Francophonie en 1998).  A travers ces étapes,  on voit que la francophonie tente progressivement de se rendre visible. A la fin des années 60, se tient pour la première fois à Niamey la capitale du Niger, la première conférence des Etats francophones. Elle est placée sous le patronage d’André Malraux alors ministre français des affaires culturelles.

    Le début des années 1970 marque un tournant décisif dans l’institutionnalisation de la francophonie. A l’initiative de l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM), une charte portant la création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) fut signée par 21 pays le 24 mars 1970 à Niamey (Niger). Cette première institution de la francophonie avait pour devise: égalité, complémentarité, solidarité. En 1973, sous la houlette de Léopold Sédar Senghor du Sénégal qui réclama « un sommet Francophone », le premier sommet franco-africain se tient à Paris.

    Mais la naissance effective de la Francophonie (la francophonie institutionnelle) a été scellée lors du premier  sommet des chefs d’Etats et de gouvernements ayant l’usage du français en commun. Ce sommet a eu lieu à Paris  et à Versailles en février 1986 et 42 délégations y ont pris part.  A partir de cette date,  la francophonie s’est toujours élargie au fil des ans. Après le deuxième sommet en 1987 au Québec, la communauté francophone a retenu la biennale. Le troisième se tiendra plus tard à DAKAR en 1989 et en 1991, Paris abritait le quatrième sommet où fut décidé la primauté politique en créant le conseil permanent de la Francophonie (CPF), qui est un organe composé des délégués de chefs d’états. En 1993, 47 états et gouvernements ont participé au cinquième sommet à Maurice. Ils ont répondu à l’appel du président français François Mitterrand. De cette rencontre est née l’idée de l’exception culturelle et les représentants des Etats membres ont demandé que les productions culturelles soient exclues des règles du libre échange. Lors du sommet de Cotonou en décembre 1995, la francophonie changera véritablement de vision en s’engageant dans le développement de l’autoroute de l’information, afin de favoriser la présence de toutes les langues et cultures qui constituent l’héritage commun de l’humanité.

Le tournant politique de la Francophonie

    A Hanoï, le septième sommet qui s’est tenu en 1997, a produit un organe politique. La création du poste du Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie est considérée comme  un pas de plus dans la démarche politique. C’est à cette occasion que M. Boutros-Boutros GHALI, sera nommé secrétaire général  de cette institution. L’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) va devenir l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (A.I.F). Elle mènera des actions de coopération multilatérale dans de nombreux domaines : éducation et formation, culture et multimédia, nouvelles technologies de l’information et de la communication, coopération juridique et judiciaire, droits de l’Homme et démocratie, développement et solidarité économiques, énergie et environnement. En 2002 à  Beyrouth, lors du neuvième sommet l’ancien président sénégalais Abdou Diouf  sera élu Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Le dixième sommet qui s’est tenu à Ouagadougou a opté pour un cadre stratégique décennal allant de 2005 à 2014 et avec pour thème : « la Francophonie un espace solidaire pour un développement durable».

    Le dernier sommet en date est celui qui s’est tenu dans la capitale roumaine. Il s’est soldé par l’adoption de la déclaration de Bucarest basée sur le thème : « Les technologies de l’information par l’éducation » et sur la politique internationale de l’OIF. 5 (Cinq) résolutions ont été également adoptées par la conférence. Il s’agit du changement climatique, du positionnement d’une force onusienne en République centrafricaine, des migrations internationales et le développement, le déversement des déchets toxiques à Abidjan (Côte d’Ivoire), et le fonds mondial de solidarité numérique.

     En gros nous pouvons dire que contrairement au modèle du Commonwealth, qui lie entre elles les nations autrefois attachées à la couronne britannique, les critères d’appartenance à l’OIF ne sont pas conditionnés par une histoire coloniale commune. Ils n’imposent pas non plus que le français soit la langue officielle dans tous les pays qui en sont membres.

Une communauté francophone de plus en plus élargie

    Le dernier sommet de l’OIF, confirme l’idée selon laquelle la population de la communauté francophone est en pleine expansion. L’Albanie, l’Andorre, l’ex-République yougoslave de la Macédoine et la Grèce, auparavant membres associés sont devenus à l’occasion de ce sommet, membres de plein droit. Le Ghana et Chypre ont été admis en tant que membres associés tandis que Le Mozambique, la Serbie et l’Ukraine obtiennent le statut d’observateurs. Avec désormais 68 Etats et gouvernements adhérents, environ un tiers des membres de l’ONU (Organisation des nations unies), L’OIF revendiquerait plus de 750 millions d’habitants repartis sur les 5 (cinq) continents. Cependant environ 180 millions d’entre eux pratiqueraient effectivement à degré divers, le français. 

    En ce qui concerne les pays, si la  France est  la plus grande nation francophone en terme de locuteurs, force est de  signaler que  la République démocratique du Congo (l’ex-Zaïre), avec près de 55 millions d’habitants, est à juste titre considérée comme le plus grand espace francophone. Toutefois, il faut noter que le français, occupe le 9ème  rang mondial des langues parlées, après le chinois,  l’anglais,  l’arabe, l’espagnol, le portugais. Cette  langue  a certes, perdu depuis lors  un certain nombre de ses bastions, en dépit de cette donne, elle demeure officiellement, aux côtés de l’anglais, la langue de travail  des principales organisations  internationales.

    La Francophonie est actuellement  un organe consultatif des Nations Unies, au même titre que plusieurs institutions. Placée à cheval entre la culture,  la politique et la coopération  internationale en matière de  développement, il n’est pas facile de donner la définition exacte de la Francophonie étant donné que sa vision et ses objectifs son multiples.


Jean-Jaques KONADJE




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30 octobre 2006

"Je siffle la marseillaise, et j'te baise" Ekoué, La Rumeur.

L'hymne est un chant patriotique associé aux cérémonies publiques. Considérant cela, comment un hymne qui date du 19eme siècle et qui retrace l'épopée de la révolution de 1789, peut- il susciter l’adhésion, transcender et émouvoir les français, aussi multiples soient-ils? [Flash back: la marseillaise est devenu un chant patriotique en 1795, puis en 1879, l'hymne national français). Composé en 1792 pour l'armée du Rhin par à un officier de génie (paraît-il), Claude Joseph Rouget de Lisle, en garnison à Strasbourg, il reçut le titre de "chant de guerre pour l'armée du Rhin", (mais) les fédérés marseillais l'ayant fait connaître les premiers à Paris, il prit cependant le nom de "Marseillaise".


Un hymne sert à fédérer toute une Nation, afin que le blanc, le noir, le jaune, l'arabe... qui sont également (c’est pour insister) français, se reconnaissent dans les paroles chantées.

Ce faisant, on décèle là un certain conservatisme, dans le sens où seuls les français Fnistes ( sympathisants du front national), et ceux qui s'estiment être français depuis longue date se reconnaissent dans cette hymne. (Et encore, cela est discutable).

                                                                             France_interrogation

Un hymne, chers politiciens, se doit de transcender toute considération temporelle et spatiale afin de créer la « communauté émotionnelle » si chère à Max Weber.

OR il est temporel, dans ce cas précis. Car il est le récit d'une révolution, d'un épiphénomène historique.

ET il est Spatial. Car il est question d'un lieu précis: Paris-Versailles, qui fait abstraction, au passage, des plantations de canne à sucre ( qui parsemaient) les différentes îles antillaises (Guadeloupe, Martinique,...). Et pour qui veut bien le croire, elles étaient hors du champs de cette révolution.


Ce qui est cynique, ironique, triste... je laisse votre imagination compléter cette  liste d'adjectifs, c'est qu'aujourd'hui beaucoup de sportifs ou autres personnalités qui peuvent être amenées à participer au chant "patriotique", sont totalement ignorants concernant  ces questions.


L'hymne Français est un récit d'UNE page de l'histoire française, alors qu'il devrait être un enchaînement de clins d'oeil, destinés à ce que chaque personne qui l'écoute ou le chante se  reconnaisse, et ait le sentiment d’une appartenance nationale, afin, comme le disait Durkheim, d’entretenir « l’effervescence collective ».

Moka




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09 octobre 2006

Canada : Le douloureux dilemme des africains francophones en Alberta

Province canadienne la plus riche en raison de son boom pétrolier, l’Alberta attire de plus en plus les africains francophones. Ils arrivent pour la plupart du Québec et s’installent à Calgary -  la capitale économique de la province - dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais dans ce nouvel Eldorado, tout n’est pas toujours rose pour eux. Leurs rêves se transforment parfois en cauchemars.

Il s’appelle Alassane et est d’origine malienne. La barbe touffue et sale, les yeux rougis par des jours d’insomnie, ce trentenaire est un ingénieur en informatique. Venu à Calgary pour améliorer son niveau d’anglais et profiter éventuellement des opportunités d’emploi dans son domaine, il est en ce moment au bord de la déprime. «Je pense que j’ai fait un mauvais choix », regrette-t-il le regard vide. Depuis cinq semaines qu’il est arrivé à Calgary, il passe de squat en squat et ne voit pour l’instant se concrétiser à l’horizon aucune promesse de logement. «C’est incroyable ! J’ai l’impression que les propriétaires ici ne veulent plus de Noirs. Et si dans une semaine, je n’arrive pas trouver une solution, je vais retourner à Montréal », confie-t-il l’air désespéré. Quant à Jean, d’origine camerounaise, il dit depuis deux mois, être victime de l’influence des médias. Le logement qu’il vient de trouver est hors de prix. Il doit payer 950 dollars pour un appartement d’une chambre et un salon. Il n’a pourtant pas encore trouvé du travail. «Je suis dégoûté. Quand je lisais les informations sur Calgary, je croyais que c’était la réalité. J’ai été un peu naïf, j’aurais dû bien me renseigner. Si je n’avais pas tout vendu à Montréal, je me serais déjà retourné. J’attends encore quelques semaines pour me décider», affirme-t-il d’un ton ferme. Mais les cas d’Alassane et de Jean n’ont rien d’exceptionnel. La plupart des Africains francophones qui débarquent à Calgary ne connaissent la ville qu’au travers des chiffres mirifiques que relayent les médias. Présenté comme la «Capitale de l'énergie du Canada», Calgary occupe une place de premier plan dans les secteurs énergétique et agricole de la région. De plus, un nombre important d'entreprises de haute technologie dynamiques et mondialement connues, y ont élu domicile comme du reste, un nombre croissant de sièges sociaux de multinationales. Selon le Conference Board du Canada, la ville restera en tête du peloton des villes canadiennes pendant la période 2004-2007, avec une croissance annuelle moyenne de 3,3 %. Une prévision qui pousse les africains francophones déçus du Québec à risquer l’aventure. Mais la réalité n’est pas souvent ce qu’ils imaginent. Sur place, ils sont confrontés à des difficultés liées à la langue, au logement et au travail dans leur domaine de formation.

La face cachée de l’Eldorado

«En venant ici, j’avais appris qu’il était très facile de trouver un emploi. Depuis trois semaines, j’envoie mon CV et je fais le tour des entreprises sans succès malgré mon expérience de cinq ans à Montréal. Je parle pourtant aussi bien l’anglais que le français. Je veux repartir à Montréal, ça me dépasse», se désole la Sénégalaise Awa diplômé de la Haute Ecole de Commerce de Montréal. Pour avoir dépensé toute son économie pour les frais d’hôtel à son arrivée, elle vit en ce moment en colocation et fait depuis deux mois, la tournée des groupes d'entraide pour bénéficier de logements de fortune, de tickets de transport et de bons de nourriture. Même son de cloche chez le Béninois Cosme, expert en développement et spécialiste du droit des affaires. Il reconnaît avoir pris la décision de s’installer à Calgary en deux semaines sans aucun contact sur place. Et les préjugés positifs, il en avait plein la tête en arrivant à Calgary. Depuis cinq mois, il dit en avoir vu de toutes les couleurs et ne pense qu’à quitter la ville. «J’ai passé une semaine dans un hôtel de bas de gamme dans des conditions exécrables en payant 28 dollars la nuit. Je continue de multiplier les petits boulots. C’est vraiment dommage pour une province dont on dit riche. Ils n’ont pas de structures d’accueil qui s’adapte au flux migratoire. Pas de logements, les quartiers sont mal desservis par les transports en commun. Ce n’est vraiment pas objectif de dire que tout baigne à Calgary». Et quand on lui demande s’il garde encore confiance, il est tout simplement amer. «C’est très difficile pour des gens comme moi qui ont fait de longues études. Pour les petits boulots, je ne suis pas venu ici pour ça ! J’ai souffert pour avoir des diplômes et j’entends les rentabiliser. Je ne me fais pas d’illusion, mon objectif est désormais d’apprendre l’anglais et de me barrer.» Pour le Guinéen Alpha Barry, conseiller en établissement et à l’intégration des immigrants francophones du Centre d’Accueil pour les Nouveaux Arrivants Francophones (CANAF) de Calgary, le nombre des migrants africains francophones ne cesse de croître depuis janvier 2005. A ce jour, il en a reçu à peu près 200 et estime recevoir une trentaine tous les mois. Selon lui, la déception des nouveaux est liée à plusieurs facteurs : «Quand ils viennent, ils ne sont pas bien préparés financièrement et contrairement à ce qu’ils imaginent le gouvernement de l’Alberta n’est pas du tout généreux en matière d’assistance sociale. Le temps d’attente pour apprendre l’anglais par le biais des programmes du gouvernement est d’une durée de trois mois et cela constitue une grande déception pour eux. L’autre déception en ce moment, c’est la crise du logement. A mon arrivée en 2004, il ne fallait que 45 minutes pour trouver un logement. Aujourd’hui, c’est la croix et la bannière même si vous remplissez toutes les conditions demandées par les propriétaires.», explique-t-il avec compassion.

«Seule, la patience paie»

Une semaine après son arrivée à Calgary, la togolaise Kari Biramah a aussitôt commencé à travailler dans son domaine de compétence. Elle occupe le poste de chargée de communication pour un journal communautaire francophone. Mais elle avoue être un cas isolé. «Je suis un cas spécial parce que je suis tombée sur une entreprise qui avait un besoin immédiat», reconnaît-elle. La plupart des personnes ayant réussi à Calgary sont unanimes : il faut être armé de patience et de persévérance. Pour le Gabonais Lie Nicaise Mezui, la traversée du désert a duré un an. Géomaticien de formation, il a d’abord fait au moins six petits jobs depuis son arrivée avant de trouver un emploi stable dans le génie civil qui est son domaine d’expertise. «Je m’épanouis pas mal ici et je crois que je vais y rester. Mes enfants seront parfaitement bilingues et ça compte beaucoup pour moi. Il y a un an, le logement n’était pas difficile à trouver mais en revanche, il est difficile de trouver tout de suite à Calgary le boulot de sa vie. Il a fallu que je me donne du temps et que je fasse des sacrifices. C’était très dur mais j’y suis arrivé. Je comprends maintenant que seule la patience paie», conseille-t-il. Quant à Alfred, installé à Calgary depuis quatre ans, il dit n’avoir jamais regretté son départ de Montréal. «C’est la meilleure décision que j’ai prise depuis mon immigration au Canada. Je suis parti de Montréal pour une immersion en langue anglaise à Calgary et je me suis dis après qu’il ne servait plus à rien d’y retourner», révèle-t-il. Spécialiste de la microbiologie, ce Béninois d’une trentaine d’années travaille dans un laboratoire en tant qu’inspecteur des tests de contrôle de qualité. Il gagne bien sa vie et possède sa voiture ainsi que sa maison. Mais pour y arriver, il a dû pendant un an occuper dans son laboratoire, un échelon subalterne avec un salaire de misère à la clef. Aujourd’hui, son mot d’ordre aux nouveaux arrivants est le fruit de son expérience. «L’Alberta, ce n’est ni ce qu’on entend à la radio encore moins ce qu’on voit à la télé. L’Eldorado n’existe nulle part. Il faut accepter de se sacrifier car la réussite dépend de la patience, de la discipline et de la détermination de chacun.»                                                                      Patient ATCHO

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28 septembre 2006

Un acteur noir à la Comédie-Française.

Il est le premier acteur noir à entrer à la comédie-Française.  Tout cela commence très tôt, il intègre l'Institut national des arts (Ina) de Bamako, on y enseigne la littérature, la sociologie, la peinture, les arts plastiques, l'artisanat...

Mais pour Bakary ce sera le théâtre. Notamment grâce à Phillipe Dauchez, professeur d'art dramatique venu de Paris, qui crée une nouvelle matière: le théâtre africain. Il l'initie aux textes d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Il décroche une bourse pour passer le concours d'entrée à l'école de théâtre de la rue Blanche, à Paris. Fin 2002, Marcel Bozonnet, ancien prof de Bakary à la rue Blanche, devenu entre-temps administrateur de la Comédie, l'appelle. Ils recherchent un comédien noir pour créer "Papa doit manger", de Marie N'diaye, au printemps 2003.

sangare

Cet acteur malien a surtout usé les planches. Côté cinéma il a été dans "Samba Traoré", d'Idrissa Ouedraogo, en 1992. Mais surtout , il passa à côté du rôle interprété par Isaach de Bankolé dans "Black mic mac" de Thomas Gilou. Heuresement que le rôle fût attribué à de Bankolé me diriez vous, car c'est vrai qu'il a été excellent.

Bakary Sangaré n'a pas vraiment joué dans des films, on pourrait en être désolé, mais cela pourrait ne pas tarder. Aussi pourquoi ne tente t-il pas de créer et de promouvoir le théâtre malien, et plus largement le théâtre et cinéma africain. Créer un partenariat par exemple avec ('INA)l'Institut National des Arts.

Le président malien Amadou Toumani Touré, serait peut-être ouvert à travailler sur un plan de développement des arts théâtrales et cinématographiques.

la Comédie-française est certes réputée, c'est une référence pour tout comédien. Mais Bakary Sangaré a besoin de se faire connaître chez les siens ,au Mali. Car fatalement, l'Afrique perd un comédien d'exception. Et cela reste fort regrettable.

Moka

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27 septembre 2006

                             "Ahmad le terrible"

Ahmad Jamal est un superbe pianiste de 74 ans. Les notes de son clavier laissent percevoir une certaine attention et réflexion, sûrement dû à sa recherche de spiritualité.
Ce n'est donc pas un hasard si son dernier album s'intitule, After Fajr, titre inspiré de la prière que les musulmans font avant l'aube (fajr).
138201

Car depuis 1959, Jamal est converti à l'Islam, qu'il pratique assidûment.

Ahmad Jamal, est un electron libre du jazz, il est méconnu et à la fois célèbre.
En atteste les déclarations du pianiste Errol Garner, en passant par Keith Jarret, mais surtout Miles Davis qui déclara dans une interview en 1986, au sujet de celui qu'il avait surnommé: "Ahmad le terrible
": "Ahmad: espace, silence.  Toute ma vie, je me suis inspiré de sa sonorité feutrée."

Ahmad_Jamal                                                                  

Ahmad Jamal a son style à lui, il prend toujours tout le monde  à contre pieds. Il ne suit jamais la tendance.  Toujours  à se balancer entre le be-bop et la lenteur, le toucher cristallin et les silences.
Mais aussi entre le  free jazz et la new soul.
ahmad_jamal

Cette image solitaire, en marge des mouvements, explique son manque de notoriété.

"On croit que l'innovation surgit de la rupture avec la tradition: Mais l'avant-garde consiste à rattraper le passé et à le regarder avec des yeux neufs."
jazz_Ahmad_Jamal

Il ne s'agit pas là, de reprises de morceaux. Non! Ce bonhomme a une perception de la musique beaucoup plus noble. Mais il s'agit plutôt d'une approche musicale basée sur un retour de sonorité teintée d'une touche contemporaine.

C'est cette conception de la musique, qui touche toutes les fibres de mon être.
Merci Ahmad.

Moka

Posté par mokakorp à 21:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 septembre 2006

Gaspillages alimentaires au Canada

Une pratique qui fait jaser les Africains 
   
Qu’ils soient chinois, arabes, italiens, québécois ou autres, les gérants des magasins et épiceries canadiens ont un réflexe commun : jeter sans scrupule en poubelle, les invendus de produits alimentaires. Habitude nord-américaine ou simple pratique de circonstance ? Alors que plus de la moitié des habitants de la terre croupit sous le poids de la pénurie alimentaire, ce comportement irrite et inquiète les Africains de la Belle Province.

Comme tous les soirs, Khaled entasse des cartons de fruits et légumes invendus en face de son étal et attend que les camions poubelles les emportent.  La quarantaine, ce natif de l’Algérie, tient depuis cinq années un point de vente au grand marché Jean-Talon de Montréal. «Que voulez-vous que je fasse des invendus ? Je n’ai pas le choix, je vais les jeter pour ne pas les laisser pourrir sur les étals»,  dit-il sur un ton neutre.  Son collègue Antonio, qui gère une épicerie dans le même marché, renchérit d’une voix naturelle : «Je veux parfois vendre à perte mais personne ne veut acheter un panier de tomates à un dollar. Simplement parce que le client pense que c’est de la tomate pourrie. Je suis obligé de jeter».
A l’instar de ces deux commerçants, la plupart des gérants de magasins et épiceries montréalais destinent les invendus des produits alimentaires tels que la viande, le pain, le lait, le sucre les conserves, les surgelés, etc. aux poubelles. Pourtant au Canada, bon nombre de personnes continuent d’être victimes de faim. Selon le bilan-faim annuel de l’Association Canadienne des Banques Alimentaires (ACBA), «grâce au soutien généreux des donateurs d’aliments et de transport au cours des dix dernières années, plus de 64 millions de livres de produits alimentaires ont été distribués par l’ACBA pour aider à répondre aux besoins alimentaires immédiats de Canadiens affamés».

A qui la faute ?

Au Québec comme dans les autres provinces du Canada, la plupart des commerçants ont les mêmes réflexes. Même s’il n’existe pour l’heure, de chiffres pour quantifier en termes de pourcentage la ratio de nourritures jetées quotidiennement par les commerçants, les banques alimentaires s’accordent à reconnaître qu’une quantité importante d’aliments est jetée en raison du déficit de communication à l’endroit de ces commerçants. Selon Mme Micky Fraterman, Directrice de la communication à l’ACBA à Toronto, il s’agit d’un comportement qui s’explique «en raison de la logique du marché dominé par la surconsommation qui exige un renouvellement permanent des biens en général. De plus, ajoute-t-elle, les magasins qui se contentent de jeter les aliments ignorent qu’ils existent des organismes humanitaires auxquels ils peuvent les donner. Il est alors très difficile de les incriminer pour ça. En revanche, Il y a un gros travail de sensibilisation à faire en ce sens». Jusqu’en 2004 Moisson Montréal, la plus importante banque alimentaire en Amérique du Nord, passait récupérer les produits jetables au marché Jean-Talon pour les distribuer gratuitement aux plus pauvres. Mais par souci de priorité aux grands fournisseurs et de moyens, elle a alors limité ses passages. Mme Johanne Théroux, Directrice Générale de Moisson Montréal s’en explique : «En semaine, nos camions de récupération de denrées sont en opération du fait que nous privilégions la récupération des quantités plus importantes auprès de nos grands fournisseurs. Et parce que notre équipe est très restreinte, nous ne récupérons que les samedis et dimanches dans les marchés publics». Cet organisme qui distribue environ 61 tonnes métriques de denrées  par jour s’emploiera bientôt, selon Mme Théroux à «faciliter un maillage avec les organismes de quartiers qui, en lieu et place de Moisson Montréal, vont récupérer ces produits dans les marchés publics pour en éviter le gaspillage».
Mais si la plupart des Montréalais ont fini par s’habituer au jetage des produits alimentaires, les Africains quant à eux, parlent de «gaspillage».

La nourriture, c’est sacré

«Vous me voyez jeter de la nourriture ? Interroge, dubitatif, Oumarou, citoyen canadien d’origine nigérienne. Au Niger, c’est un crime. Si  pour les Occidentaux, la nourriture relève simplement du fruit de travail, pour les Africains, il s’agit d’un cadeau, d’un don de Dieu ». Selon lui, la crise alimentaire qui a récemment secoué son pays n’aurait jamais pu se développer à ce point si une toute petite partie des invendus alimentaires jetés au Canada, était parvenue à ses compatriotes. Rodolphe, un résident permanant d’origine camerounaise, précise : « La nourriture relève de l’ordre du sacré dans les sociétés africaines. Dans certaines communautés, il y a tout un cérémonial autour de la nourriture. On invoque les ancêtres et on les invite au repas. Jeter de la nourriture, c’est provoquer la colère des ancêtres et des dieux». Sur un ton accusateur, Elom, étudiant togolais à l’Université de Montréal, ajoute :  «Dans une société où l’on produit plus qu’il n’en faut, on assiste toujours à la mauvaise gestion du surplus et plus cruellement à l’oubli des plus pauvres. Pourtant au Canada, il n’y a pas que des riches !». 
Ainsi, sans gêne, certains Africains n’hésitent pas à s’approvisionner gratis dans les marchés. C’est le cas de la Congolaise Mélanie, étudiante en baccalauréat à l’Université du Québec à Montréal. Chaque semaine, elle se rend au marché Jean Talon pour remplir son gros sac à dos, des plus belles variétés de concombres, de carottes et d’autres fruits. Mais plus qu’un signe d’indigence, son action, dit-elle, participe à contenir quelque peu le gaspillage alimentaire dans le marché. «Ça m’aide aussi à réduire mes dépenses », explique-t-elle tout en ramassant les produits, indifférente aux regards des passants. Chômeur depuis 11 ans, André, un Canadien d’origine rwandaise, est aussi un habitué des lieux. «Je viens ici tous les deux jours pour me ravitailler en légumes et fruits surtout, témoigne-t-il, le regard fixé sur des cartons de produits.  C’est vraiment anormal qu’on jette tout ça !».


Postée par Patient Atcho

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22 septembre 2006

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17 septembre 2006

On ne peut pas arroser un viel arbre

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La culture comorienne doit sa richesse au métissage de son peuple. Ses archipels se trouvant entre le Mozambique et Madagascar ont été a travers l’histoire et sont encore un carrefour de cultures. Les nouvelles recherches menées dans le champ de l’archéologie confirment la théorie d’une premier population austronésienne qui serait venue peupler Madagascar et les Comores en partant de l’Indonésie. Les différentes fouilles archéologiques ne sont pas les seules preuves de cette théorie car les études anthropologiques et linguistiques, entre autres, semblent confirmer cette thèse.
Mais les Comores ont été pendants des siècles l’interface d’autres cultures. À travers le commerce d’écailles de tortues, d’ivoire et d’esclaves le monde, Arabe, Bantou et Asiatique sont rentrées en contact sur ces petites îles de l’océan Indien. Toutes ces cultures on crée un brassage qui fait la force et la richesse de la population de ces îles.
Pourtant cette richesse risque de disparaître et sombrer dans l’oubli. Essentiellement basée sur la tradition orale la culture comorienne, comme grand part des autres cultures d’Afrique, doit sa survie à la mémoire et la parole des anciens. Face a la modernisation et l’expansion de la culture de l’écrit certaines connaisances disparaissent discrédité par leur nature orale. Mais, si l’appât que l’occident peut avoir sur certains jeunes se détournant de leur culture, le retour aux Comores de jeunes ayant suivi leur études en Arabie Saoudite s’avère aussi compromettent pour la survie des traditions comoriennes.
Pays musulman depuis des siècles, la Grande Comore a su garder une identité métissé en conservent des traditions « préislamiques ». Les réponses qui m’ont été données par Moussa Issiaka, historien d’Iconi et ancien chercheur du CNDRS, lors d’une interview qu’il m’a gentiment accordée, mettent en évidence le péril auquel fait face la culture comorienne à cette époque. Voici une partie de cet interview.


JE VOUDRAIS REVENIR SUR L'EVOLUTION DES PRATIQUES LIEES AUX DJINNS. SELON VOUS LES JEUNES QUI VONT ETUDIER EN ARABIE SAOUDITE AURAIENT-ILS UN ROLE DANS L'EVENTUELLE DISPARITIONS DE CES COUTUMES?


Moi en tant que traditionaliste je vois mal la disparition de ces coutumes. C’est notre identité. Ici aux Comores nous avons trois fêtes de l’an : L’année chrétienne, l’année musulmane et l’ancienne année, l’année de Nairouse. Cette dernière c’est l’année de culture, l’année de travail qui est d’origine Perse. Et eux, les ulémas, ils arrivent et veulent supprimer cette ancienne année et l’année chrétienne parce que ça n'est pas musulman. Ils font leur discours à la radio et à la télé. Les enfants revenant des pays arabes veulent interdire tout ce qui ne serait pas musulman. Moi je dis, pour ce qui ne contrarie pas l’existence de Dieu, je peux accepter. Par exemple le Daïra, on le fait pas en Arabie Saoudite et alors on veut le supprimer, mais c’est pour Allah ! Pourquoi interdire de fêter la naissance du prophète sous prétexte que le prophète ne l’a pas fait ?Tout ce qui ne se fait pas en Arabie saoudite veut être détruit, c’est ça qui m’écœure.

COMMENT L'ISLAM S'EST IL IMPOSE AUX COMORES ?

Parce qu’on a introduit les chants et les prières dans les coutumes, par exemple dans les mariages et autres fêtes. Et maintenant ces jeunes qui sont allée étudier en Arabie Saoudite, ils vont très vite, ils vont dans les mosquées avec des grands discours. Tu vois un arbres de 70 ans ? Tu veut l’arroser ? Tu rigole ? Nous sommes des vrais Fundi, ils nous prennent pour des petits cochons, des vaut rien.

SELON VOUS QUE VA CHANGER CETTE VAGUE D'IMMIGRATION ETUDIANTE? 

Ma vraie inquiétude c’est que nous sommes en train de disparaître, ces gens viennent avec des discours pompeux et les enfants ont la tête vide. Avant il y avait un petit ramadan mais on l’a interdit. Si on en parle aux enfants ils vont dire que les vieux les emmerdent. Les enfants veulent être libres.

AVEZ-VOUS PERCU UNE EVOLUTION DANS LE TEMPS DES PRATIQUES ET DES CROYANCES LIEES AUX DJINNS?


En 1975, à l’époque de la Révolution par le président Ali Soilihi, il a voulu bannir tout ça, il a pris les livres des écoles, il voulait effacer toutes ces croyances. Et il a réussi. Mais depuis 1978, depuis Ahmed Abdallah, tout commence à revenir petit a petit. Mais à Iconi c’est presque disparu. Je pense, que ces danses vont devenir des danses modernes. Les artistes s’inspirent déjà des chansons des Djinns pour écrire des chansons. Ils utilisent les mêmes rythmes. Mais je pense qu’au fil du temps ces croyances vont revenir. Quand je travaillais à la radio, en 1980, on a fait une campagne pour dire aux gens d’aller à l’hôpital. Mais nous n’avons pas des médecins assez compétents pour les nouvelles maladies, nous avons que des généralistes. C’est ça qui pousse les gens à penser aux Djinns. Nous sommes au XXIe siècle mais les Comores restent toujours comme ça. Les médecins s’enrichissent mais ils tuent. Il n’y a pas d’outils nécessaires. Regardez l’exemple de la Dingue il y a deux mois…Est-ce que le gouvernement réagit ? C’est ça le problème ! C’est ça la conséquence.

Sina. Un grand merci à Moussa Issiaka.

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16 septembre 2006

Histoires de ceux dont on ne parle pas

Il y à ceux dont on parle, ceux qui nous inspirent, ceux qu'on déteste et ceux qu'on cotoie, puis il y à ceux qui traversent nos vis, ceux dont on ne parle pas, ceux qu'on vois pas, ceux auxquel on ne s'intéresse pas.

EPISODE 1

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3éme mois en captivité. Comme un chien je me suis roulé en boulle sur le lit froid. Dehors il caille, il neige, je sens son odeur mélangée avec le shit de mon compagnon de galère. On attend nos jugements.Moi pour présomption de viol. Lui pour braquage avoué.

3 mois sans voir personne de l'extérieur. La pute m'a gâché la vie, même ma mère ne me croit plus. J'avoue, elle m'a bien eut, mais comment peut elle dormir quand elle fait croupir un innocent dans un trou. Mon voisin hier s'est suicidé, une dose mortelle d'héroïne dans le bras. J'ai autant de chances que lui de tomber s'ils ne me sortent pas d'ici avant. Mais quand une femme t'accuse de tentative de viol, quand sa soeur s'improvise témoin, quelle chance à un homme de s'en sortir?

Il y a une semaine ils m'ont foutu dans l'isoloir. Cause: grève de la faim. J'ai cru devenir fou. J'ai compté les minutes puis je suis sombré dans une léthargie jusqu’à l'ouverture de la porte. Mes yeux n'ont pas assimilé la lumière tout de suite mais le coup de matraque je l'ai senti jusqu'au lendemain.

Tout ça est banal. Trop banal pour être un sujet de discussion. Un noir qui viole une fille. Un jeune de cité. Un connard qui n'a rien d’autres a foutre. Un macho, la dernier génération. Trop banal. Qu'il crève dans son trou à rat.

Je suis le déchet typique de la société. Dans la baine à ordure sans espoir de recyclage. Si je sors ça ne changera rien.

Shaina


Je kiffe les rappeurs. Je les cherche et quand je les trouve je ne les laisse pas me passer entre les doigts
La meilleure façon de les trouver c'est bien sûr en soirée mes dés que tu as les premiers contacts les choses viennent d'elles-mêmes. Je côtoie seulement ceux qui sont en tête d'affiche mais mes préférés sont les nouvelles découvertes. J'aime être la quand ils signent un contrat, j'aime avoir fait partie de celles qui étaient là au début.
Ils aiment ce qui brille, les talons, les mini-jupes, les hauts fondus dans le dos, les fesses serrées dans un tissus fin, les cheveux lissés, le maquillage qui brille. Ils aiment quand tu danse dans ton coin, quand tu t'approche s'ils te font signe. Ils aiment t'avoir à côté d'eux quand ils rentrent en soirée, que les autres te matent, qu'ils se demandent qui tu est. Ils ne te demandent pas de parler, juste d'être à côté, une poupée dans la nuit, qu'ils attendent de sauter la soirée finie.
Je suis tout ça. J'en vis. Je suis payé pour me pavaner devant les caméras de vidéo-clips. Mon corps est mon instrument de travail. Je m'asperge de crèmes avant chaque scène, mon maquillage est mon meilleur ami après ma coiffeuse. Je n'ai pas de pitié pour les autres filles, c'est à la guerre comme à la guerre, c'est à celle qui restera le plus longtemps en face de la caméra.
Je suis une belle plante qu'on arrose de cadeaux. Je change de mec comme de mouchoir, je suis connue dans le circuit, mais dans le milieu on est beaucoup, il ne faut jamais baisser la garde.
Le soir quand j'enlève mes talons mes pieds me font mal, ma peau tiraille jusqu'a quand le démaquillant la soulage, parfois je me regarde dans le miroir et je me ne reconnais pas. Mais j'aime le luxe, j'aime me sentir le centre d'attention de tous ces hommes, je ne pourrais pas vivre sans ça. J'ai vendu mon âme au diable, les paillettes sur ma peau ne s'enlèvent plus.

Sarah


26 ans. 1,70 cm. 59 Kg. DEA de Sociologie. 4 langues parlées couramment. 4 stages dans 4 grandes entreprises. Habitant dans 25 M2 d'un ami parti en voyage. Au chômage depuis 1 an. D’origine maghrébine (contre le CV anonyme).

Voilà mes chiffres. Banales pour une jeune femme de 26 ans habitant à Paris en 2006. Ma mère à cet âge était déjà mariée depuis 2 ans. Elle venait d'accoucher de son troisième enfant et vivait sa vie avec mon père dans leur petit appartements.
Moi je squatte depuis 8 mois le canapé d'un ami parti en Inde. Il espère trouver là-bas le chemin de sa vie. Je lui ait filé quelques offrandes pour les Dieux, qu'ils pensent à moi car ici personne n’y pensera.

Je me suis réveillé vers 12h30, juste le temps d'entrevoir la fin d'"Attention à la marche". J'ai envoyé mes 10 CV journaliers et j'ai bouffe un bol de pâtes chinoises acheté hier soir à l’épicerie du coin. Dehors il caille et ça fait 3 jours que je ne sort que pour acheter de quoi mal m'alimenter. Voilà mes journées. Je mate TF1 dans l'attente qu'on m'offre un autre stage en tant que "femme/photocopie/café/merci/aurevoir". Dans les journées ou mon âme d'ex-étudiante refait surface je zappe sur ARTE pour savoir comment attraper un petit oiseau dans la forêt d'Amazonie. On ne sait jamais.

J'ai pensé devenir agricultrice dans une ferme au Paraguay mais ça aurait détruit ma mère que je ne puisse pas rentrer assez souvent pour manger les petits plats qu'elle prépare avec tant de soin.
J'ai pensé apprendre à faire à manger moi même mais dans les 25M2 on n’a pas la place pour un four. Ni pour stocker de la farine d'ailleurs. Je me suis tenue à mes sachets de pâtes chinoises.

J'ai pensé devenir écrivaine. En vain. Pour écrire quoi? Ce qui vend en France c'est le trash. Car même pour vendre un livre de littérature faut passer par la case Ardisson: Sucer c'est tromper? Oui. 5 ans d'études universitaires pour ça.

J'ai pensé alterner stages et petits boulots pur une durée indéfinie. J'y ai pensé 5 minutes, puis j'ai changé de chaîne.

On nous décrit comme une génération sans idéaux. Pourtant on en a un bien précis. Gagner notre vie, acheter notre indépendance. Car se retrouver à 26 ans, sdf dans le salon d'un fou parti en Inde par désespoir, en train de manger de la soupe chinoise en sachet devant Delarue se demandant quelle place doivent avoir les animaux de compagnie dans notre vie, ce n'est pas une vie.

Sina


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