17 septembre 2006
On ne peut pas arroser un viel arbre
La culture comorienne doit sa richesse au métissage de son peuple.
Ses archipels se trouvant entre le Mozambique et Madagascar ont été a
travers l’histoire et sont encore un carrefour de cultures. Les
nouvelles recherches menées dans le champ de l’archéologie confirment
la théorie d’une premier population austronésienne qui serait venue
peupler Madagascar et les Comores en partant de l’Indonésie. Les
différentes fouilles archéologiques ne sont pas les seules preuves de
cette théorie car les études anthropologiques et linguistiques, entre
autres, semblent confirmer cette thèse.
Mais les Comores ont été
pendants des siècles l’interface d’autres cultures. À travers le
commerce d’écailles de tortues, d’ivoire et d’esclaves le monde, Arabe,
Bantou et Asiatique sont rentrées en contact sur ces petites îles de
l’océan Indien. Toutes ces cultures on crée un brassage qui fait la
force et la richesse de la population de ces îles.
Pourtant cette
richesse risque de disparaître et sombrer dans l’oubli. Essentiellement
basée sur la tradition orale la culture comorienne, comme grand part
des autres cultures d’Afrique, doit sa survie à la mémoire et la parole
des anciens. Face a la modernisation et l’expansion de la culture de
l’écrit certaines connaisances disparaissent discrédité par leur nature
orale. Mais, si l’appât que l’occident peut avoir sur certains jeunes
se détournant de leur culture, le retour aux Comores de jeunes ayant
suivi leur études en Arabie Saoudite s’avère aussi compromettent pour
la survie des traditions comoriennes.
Pays musulman depuis des
siècles, la Grande Comore a su garder une identité métissé en
conservent des traditions « préislamiques ». Les réponses qui m’ont été
données par Moussa Issiaka, historien d’Iconi et ancien chercheur du
CNDRS, lors d’une interview qu’il m’a gentiment accordée, mettent en
évidence le péril auquel fait face la culture comorienne à cette
époque. Voici une partie de cet interview.
JE VOUDRAIS
REVENIR SUR L'EVOLUTION DES PRATIQUES LIEES AUX DJINNS. SELON VOUS LES
JEUNES QUI VONT ETUDIER EN ARABIE SAOUDITE AURAIENT-ILS UN ROLE DANS
L'EVENTUELLE DISPARITIONS DE CES COUTUMES?
Moi en tant que
traditionaliste je vois mal la disparition de ces coutumes. C’est notre
identité. Ici aux Comores nous avons trois fêtes de l’an : L’année
chrétienne, l’année musulmane et l’ancienne année, l’année de Nairouse.
Cette dernière c’est l’année de culture, l’année de travail qui est
d’origine Perse. Et eux, les ulémas, ils arrivent et veulent supprimer
cette ancienne année et l’année chrétienne parce que ça n'est pas
musulman. Ils font leur discours à la radio et à la télé. Les enfants
revenant des pays arabes veulent interdire tout ce qui ne serait pas
musulman. Moi je dis, pour ce qui ne contrarie pas l’existence de Dieu,
je peux accepter. Par exemple le Daïra, on le fait pas en Arabie
Saoudite et alors on veut le supprimer, mais c’est pour Allah !
Pourquoi interdire de fêter la naissance du prophète sous prétexte que
le prophète ne l’a pas fait ?Tout ce qui ne se fait pas en Arabie
saoudite veut être détruit, c’est ça qui m’écœure.
COMMENT L'ISLAM S'EST IL IMPOSE AUX COMORES ?
Parce qu’on a introduit les chants et les prières dans les coutumes, par exemple dans les mariages et autres fêtes. Et maintenant ces jeunes qui sont allée étudier en Arabie Saoudite, ils vont très vite, ils vont dans les mosquées avec des grands discours. Tu vois un arbres de 70 ans ? Tu veut l’arroser ? Tu rigole ? Nous sommes des vrais Fundi, ils nous prennent pour des petits cochons, des vaut rien.
SELON VOUS QUE VA CHANGER CETTE VAGUE D'IMMIGRATION ETUDIANTE?
Ma vraie inquiétude c’est que nous sommes en train de disparaître, ces gens viennent avec des discours pompeux et les enfants ont la tête vide. Avant il y avait un petit ramadan mais on l’a interdit. Si on en parle aux enfants ils vont dire que les vieux les emmerdent. Les enfants veulent être libres.
AVEZ-VOUS PERCU UNE EVOLUTION DANS LE TEMPS DES PRATIQUES ET DES CROYANCES LIEES AUX DJINNS?
En
1975, à l’époque de la Révolution par le président Ali Soilihi, il a
voulu bannir tout ça, il a pris les livres des écoles, il voulait
effacer toutes ces croyances. Et il a réussi. Mais depuis 1978, depuis
Ahmed Abdallah, tout commence à revenir petit a petit. Mais à Iconi
c’est presque disparu. Je pense, que ces danses vont devenir des danses
modernes. Les artistes s’inspirent déjà des chansons des Djinns pour
écrire des chansons. Ils utilisent les mêmes rythmes. Mais je pense
qu’au fil du temps ces croyances vont revenir. Quand je travaillais à
la radio, en 1980, on a fait une campagne pour dire aux gens d’aller à
l’hôpital. Mais nous n’avons pas des médecins assez compétents pour les
nouvelles maladies, nous avons que des généralistes. C’est ça qui
pousse les gens à penser aux Djinns. Nous sommes au XXIe siècle mais
les Comores restent toujours comme ça. Les médecins s’enrichissent mais
ils tuent. Il n’y a pas d’outils nécessaires. Regardez l’exemple de la
Dingue il y a deux mois…Est-ce que le gouvernement réagit ? C’est ça le
problème ! C’est ça la conséquence.
Sina. Un grand merci à Moussa Issiaka.
15 septembre 2006
La femme aux pieds de boeuf
Si le monde visible fait toujours plus mal aux yeux et au cœur celui invisible rempli la vie des Comoriens d’histoire incroyables.Les Djinns, premiers habitants des quatre îles ne vivent plus avec les hommes comme au vieux temps lorsque, les voitures, lasses lampes, l’essence et les autres composantes du monde moderne ne les dérangeaient pas. Mais ils sont la, toujours présent sur leur terre.
Salomon,
pour se venger d’un Djinn ayant volé la bague de sa femme et l’ayant
jeté dans le volcan, chassa tous les Djinns et les envoya sur les îles
Comores. Ils furent les premiers habitants des ces îles volcaniques et
virent l’arrivée des premiers Shirazien. Les Shirazien arrivèrent sur
l’île de grande Comore et allèrent chercher des Africains sur les côtes
du Mozambique. Ces Africains furent dévorés par les Djinns ce qui
décida les Shiraziens d’aller chercher des autres hommes mais aussi des
femmes. Encore une fois les hommes furent dévorés et restèrent
seulement les femmes. Ces femmes se marièrent avec les Djinns et c’est
ainsi que la population se brassa et qu’elle se répandit sur toute
l’île.
Avec l’arrivée des voitures, de l’essence, de phares, et
autres polluants, les Djinns devirent invisibles aux yeux des hommes ne
supportant plus toutes ces odeurs et ces lumières. Avant propriétaires
des lieux ils peuplent maintenant différents endroits : les forêts, les
rochers, la mer, le volcan, les lacs. Pourtant ils gardèrent cette
force qui les distinguent des hommes et qui leur permet de se
métamorphoser en n’importe quoi : une poule, une pierre, un bouc ou un
humain…
Une nuit un Monsieur roulait sur la route entre Iconi et
Moroni. Sur son chemin il aperçut une femme faisant du stop. Il la
laissa monter dans la voiture et continua son chemin. Pendant tout le
trajet l’homme et la femme discutèrent de tout et de rien. Il était
tard le soir et la route n’était pas très visible. A un moment l’homme
s’arrêta pour prendre quelque chose dans la boîte à gant et c’est là
qu’il vit que la femme avait des pieds de bœuf. C’était une femme
Djinn. Il s’évanouit de peur et se réveilla le matin après. Des
habitants d’iconi l’avaient sorti de la voiture et quand il leur
demanda ou était la femme personne ne sus répondre.Il n’y avais aucune
femme lors que la voiture avait dérouté la nuit précédente.
Pourtant
a Mitsoudjé il y a un homme qui était marié a une femme Djinn. Ils
eurent un enfant qui depuis tout petit n’habita jamais a la maison mais
dans une grotte lointaine. L’homme rencontra sa femme dans un lieu
réservé aux Djinns et il vit tout de suite qu’elle était une femme
Djinns. Car si en apparence elle ressemble a une femme, son
comportement la trahit. Étant crée par le feu les Djinns sont très
chauds quand on les touche et n’ayant pas les mêmes besoins que les
hommes souvent ils ne mangent pas. Si a la Grande Comore des hommes se
sont mariés avec des femmes Djinns, sur l’île d’Anjouan les hommes qui
ont accepté de coucher avec des femmes Djinns sont tous morts trois
jours après.
Selon un Mwalimu za madjini on à tous un Djinn en
nous mais celui-ci ne se manifeste pas chez tout le monde. Pourtant, à
la Grande Comore, difficile de rencontrer quelqu’un n’étant pas possédé
par un Djinn ou ne connaissent pas quelqu’un en possédant un. Miroir de
la société comorienne les Djinns sont d’origine différente et lors de
leurs manifestations chez leur hôte c’est leur comportement qui
permettra de connaître leur origine.
Quand il monte à la tête, le
Djinn arabe, Rahuani, oblige la personne à prier et ne la laisse pas
tranquille si elle ne s’exécute pas. Musulman il ne se manifeste pas
les vendredis et pendant le mois de Ramadan. Dans les moments de
possession ou lors du Nkoma za Madjini (dans e des Djinns pendant
laquelle les Djinns se manifestent) la personne se met à parler l’arabe
même sans jamais l’avoir appris, car a ce moment ce n’est plus elle la
propriétaire de son corps et de ces actions mais le Djinn. C’est pour
lui que la personne laisse dans sa maison un plat avec du kaolin et de
l’argent comme offrande, plat qui est pour les autres habitants de la
maison formellement interdit de toucher.
La Trumba est un Djinn
malgache et se manifeste généralement chez les femmes. Il est très
repandu à Mayotte et à Anjouan, îles influencées par Madagascar, mais
il est aussi présent à la Grande Comore. Par le biais des expatriés
comoriens il est arrivée jusqu’en Arabie Saoudite ou des femmes
comoriennes sont devenues très riches grâces a leur pouvoir de
guérisseuses. Les saoudiens possédés par ces esprits ne lésinent pas à
payer au prix fort le voyage et le travail de ces guérisseuses
comoriennes.
Il y a aussi le Djinn d’origine Africaine, le Msomali,
qui est souvent décrit par les Grands Comoriens en tant que « sauvage
». Une description qui cache mal une certaine difficulté de la part des
comoriens d’accepter leurs origines Africaines. Un malaise crée par le
poids de l’esclavage et celui de la prétendue supériorité de l’ancienne
hiérarchie arabe.
Source d’explication de diverses maladies et
malheurs de la vie des comoriens les Djinns ne limitent pas leurs
actions sur les quatre îles mais se manifestent souvent chez les
expatriés comoriens. Beaucoup d’entre eux reviennent au pays afin de se
faire guérir d’une maladie causée par les Djinns ou au contraire
rentrent demander des faveurs aux Djinns, sachant ou les trouver au
pays.
Un
jeune d’Iconi m’a fait part d’une histoire assez curieuse arrivée à un
jeune de Zanzibar parti faire ces études en Angleterre. Lors de son
séjour le jeune homme rencontra une belle fille dont il tomba amoureux.
Celle-ci accepta les avances que son prétendant lui faisait mais lui
imposa des conditions. Avant tout l’homme devais promettre de ne jamais
parler a personne de leur relation et deuxièmement il devais promettre
de ne jamais se marier avec une autre fille qu’elle. L’idée du mariage
étant loin devant lui l’homme accepta.
Tout au long de sa relation
avec cette jeune fille le jeune homme avait les meilleures notes de sa
classe et sa popularité ne cessait de s’agrandir au sein de son
université. Pourtant, pendant des vacances d’été le jeune homme rentra
à Zanzibar pour voir sa famille qu’il n’avait pas revue depuis 5 ans.
Sa maman très contente de le revoir lui annonça qu’elle lui avait
trouvé une femme et que le mariage était déjà programmé. Le jeune homme
accepta car il ne pouvais pas refuser ça à sa mère et de plus il avait
oublié la promesse faite il y a cinq ans à sa copine d’Angleterre.
Après
le mariage il rentra finir les derniers examens en Angleterre mais dés
son retour quelque chose en lui avait changé. Malgré ces années
d’études il n’avait plus aucun souvenir des ces lectures. Incapable de
soutenir les examens il alla se confier à un homme de Zanzibar qui
vivait en Angleterre. Celui-ci étant un grand sorcier compris vite le
problème mais n’ayant pas les compétences pour l’aider il l’envoya aux
Comores. Arrivée aux Comores le jeune homme alla voir le Mwalimu dont
son ami lui avait parlait. Le verdict tomba vite, tous ces malheurs
étaient causés par son ex-copine qui en réalité était une femme Djinn.
A travers l’utilisation de toutes ces compétences le mwalimu arriva à
chasser les mauvais esprits de la vie du jeun homme qui repris toutes
ces compétences.
Les Djinns peuplent un monde invisible complexe
qui fait partie intégrante de la société comorienne. Un monde qui ne
peut être négligé si on veut comprendre la dynamique de cette culture.
Un monde mystérieux pour l’étranger et indissociable du quotidien pour
le comorien qui continue à le faire vivre à travers la tradition orale
malgré la pression de certains fondamentalistes musulmans pour le faire
disparaître.
Sina
