DSC02392DSC02396DSC02395
Placardées dans le métro de Londres une grande amazone blonde se tien à côté d’un bel homme parée comme un Massaï. C’est la nouvelle publicité d’une carte de crédit. Le Massaï représente son style de vie, les beaux vêtements qu’elle porte représentent ce qu’elle peut s’acheter avec sa nouvelle carte. My card, My Life annoncée l’affiche de 3 mètres. Les Massaï sont devenus de nos jours le symbole d’une Afrique mythique, un monde où la technologie semble ne pas avoir tout détruit, où les traditions gèrent encore le flux de la vie quotidienne. Le rêve de chaque occidental englouti par la vie frénétique des grandes villes occidentales. Un rêve au paroxysme de l'absurde, la vie d’un Massaï mais toujours avec ma carte de crédit (on ne sais jamais…).
La vie des Massaï dans l’imaginaire occidental rime avec nature,tradition, beauté, une Afrique aux innombrables steppes couleur ambre sous le couchée du soleil. Mais si rêver n’est pas un crime, si le besoin de s’évader vers un continent inconnu fait partie de la nature humaine, n’est il pas raisonnable pour une fois de s’arrêter et se demander que ce cache t’il derrière cette image ?


L'Occident fit connaisance avec le peuple Massaï à Travers le livre Au pays des Massaï écrit en 1880 par Thomson. Leur réputation de dangereux sauvages initiée par les commerçants caravaniers Swahili soucieux de garder le monopole de  l’intérieur des terres de l’Est Africain  fut perpetuée par Thomson qui voulais maintenir sa propre réputation de héros. Cette image des Massaï en tant que sauvages et menaçants, fut ensuite utilisée par les colonisateurs Britanniques qui s’en servirent comme une des justifications à la colonisation et à l’appropriation des terres de ce peuple.

La période des premières explorations européennes en Afrique, vit se développer en Occident la théorie sur la classification des « races humaines » qui prônait la supériorité de la « race » blanche sur la « race » asiatique et la « race » noire. Les Africains, étant considérés en tant qu’inférieurs aux blancs, firent l’objet de nombreuses descriptions « anthropologiques » humiliantes et racistes. Les Massaï connurent un déstin différent. Ils firent décrits en tant que fils d’une « race à part », conformément à la croyance de l’époque dans « le mythe hamitique » (voir Les deux visages de Cham de J.P Chrétien) qui classait les peuples Africains, non conformes aux stéréotypés raciaux pré-établis, dans une catégorie de « race » toujours inférieure à celle des Européens mais supérieure au reste de la « race » noire. Thomson décriva ainsi le peuple Massaï :

Les Massaï, en tout cas, ne sont ni nègres, ni alliés aux peuplades bantoues avec lesquelles nous ont familiarisé les récits des grands voyageurs africains. Le développement de leur crâne, non moins que leur langage, les sépare nettement des naturels des régions centrale et méridionale et leur assigne une place beaucoup plus élevée dans la série humaine. La tribu des Massaï est partagée en une douzaine de clans, ayant chacun ces subdivisons. Tous n’occupent pas le même rang dans la « société » du pays : Les Ngadjé-Massaï, par exemple, les Molilian, Lyséré et Leteyo ont plus de « sang bleu » et sont tenus pour avoir conservé la pureté de la race. Leur développement physique est plus harmonieux, et chez eux la tête est sans contredit beaucoup mieux faite ; le nez est moins déprimé, les lèvres sont moins épaisses…sauf la nuance brun chocolat de la peau et la disposition des cheveux à friser, on pourrait vraiment les prendre pour de respectables européens d’un type assez ordinaire. Sa conversation démontre une intelligence bien supérieure à celle de n’importe quel indigène appartenant aux familles bantoues.

On connais encore aujourd"hui les conséquences de se mythe auprés de la population africaine ainsi qu'auprés des croyances de certains occidentaux.

La férocité des Massaï ayant été discrédité par différentes études anthropologiques et autant de récits de voyageurs, le mythe des Massaï s’est lentement transformé. À l’époque de la globalisation, la société Massaï est en effet mise en avant par des occidentaux qui retrouvent en elle les vestiges d’une époque révolue. Les Massaï sont alors admirés, pour leur apparence physique très soignée mise en valeur par des magnifiques parures, mais surtout pour leur mode de vie resté traditionnel malgré la modernisation et l’urbanisation du Kenya et de la Tanzanie. Leur image est alors commercialisée par l’industrie touristique qui a très vite mis à profit la fascination que les touristes occidentaux ont pour ce peuple.

Si certaines sections Massaï ont souffert plus que d’autres de la perte des terres et de l’urbanisation de leur pays, toutes essayent, souvent guidées par l’envie des plus anciens, de garder intacte leur culture et leur environnement. Si leur culture et leur mode de vie sont donc restés inchangés à quelques exceptions prés, les causes des changements radicaux subis par leur image sont à rechercher dans les changements connu par l’Occident au cours du XIXe et XXe siècles. En effet  chaque image des Massaï fut et est un simple miroir des envies, des besoins et de l’environnement de ses auteurs, qui se sont avères être la plupart du temps des Occidentaux. Ainsi, l’image du guerrier sauvage et menaçant, basée sur l’existence au sein de la société Massaï d’une classe de Moran toujours munis de lances et boucliers afin de protéger le reste de la communauté et les troupeaux, reflétait surtout la réalité de l’Occident de l’époque qui percevait l’Afrique en tant que "dangereuse et sauvage" en contraste avec un Occident "civilisée". L’Afrique était à cette époque un refuge pour la part d’ombre de l’Occident qui, à travers l’image négative de ce continent et de ses habitants, se rassuraient sur sa propre civilisation et projetait ses propres peurs dans l’image de ce continent alors inconnu.

Si l’image des Massaï a été influencée par l’environnement entourant ses auteurs, ce même environnement a joué un rôle important dans la crédibilité de chaque image et dans l’influence que celle-ci a pu avoir auprès du public. Concrètement, l’image du Massaï sauvage et dangereux a été crédible auprès du public occidental du XIXe siècle qui baignait dans un environnement hostile à l’Afrique. La cohérence et la fréquence des images méprisantes des Africains, projetées par les différents médias de l’époque, ajoutée au manque d’images contestatrices, rendaient l’image négative de l’Afrique crédible auprès du public occidental qui n’avait pas d’autres moyens de vérifier la véracité de ces représentations. Les effets que peut avoir une image stéréotypée auprès du public et de la personne représentée  dépend surtout de l’existence d’un environnement favorable à la réception de cette image.

L’image de l’Autre est souvent instrumentalisée. Ses promoteurs, conscients de l’impact que peut avoir chaque image auprès du public, la mettent au service de leurs propres besoins. Il en a été le cas des colonisateurs perpétuant l’image du Massaï en tant que menace à la civilisation. L’instrumentalisation d’images stéréotypées n’est plus un mécanisme inconscient comme peut l’être parfois la création d’une image stéréotypée qui est causée souvent par un manque de connaissances. S’il est alors difficile de contrôler la création d’images stéréotypées une importance majeure devrait être portée à la possibilité d’instrumentalisation que pourrait être faite de celles-ci. Les médias, souvent conscients de leur utilisation d’images stéréotypées, devraient essayer d’anticiper les conséquences que ces images pourraient avoir et donc questionner avec plus d’insistance la façons dont ils représentent les Autres.

Les conséquences de la diffusion d’images stéréotypées sont multiples. Réelles barrières aux relations interculturelles, ces images sont souvent une des causes majeures de certaines attitudes racistes. Si les réactions de mépris causées par des stéréotypes négatifs sont facilement compréhensibles, il est important de constater que les stéréotypes positifs peuvent aussi s’avérer des barrières importantes aux relations interculturelles. Le stéréotype même, par sa nature réductrice et généralisante, devient un obstacle à la connaissance de l’Autre ; les images créent en effet en nous des attentes auquel l’Autre devra correspondre. Si l’Autre ne correspondait pas à celles-ci, il pourrait finir par nous décevoir et nous dissuader de continuer la relation. Afin de satisfaire nos attentes on pourrait, d’un autre côté, ne voir chez l’Autre que ce qui pourrait correspondre à nos attentes. Ce mécanisme de satisfaction des attentes est souvent repérable chez les touristes occidentaux qui souvent  prennent en considération que les aspects traditionnels et positifs de la société Massaï en laissant de côtés les problèmes liées à la perte des terres dont souffre ce peuple. Ils repartiront du Kenya avec une image idyllique et exotique de ce peuple conforme à l’image qui leur avait été donnée par les agences de voyage. Il est compréhensible que dans le cadre d’un voyage, il soit plus agréable de ne voir que les bons côtés des choses, mais c’est surtout à travers les voyages qu’on fait la connaissance d’autres cultures et il serait important de connaître aussi les problèmes auxquels ces peuples doivent faire face. De plus que, certains des problèmes auxquels font faces les Massaï de nos jours, sont aussi liés à l’expansion de l’industrie touristique dans leur pays. Cette relation entre les touristes et les Massaï se base sur la satisfaction des envies et des besoins des touristes. Des envies qui dans le cadre d’un voyage sont souvent celles d’exotisme et de rêve.

L’image de Soi crée par les Autres met souvent la personne représentée face à sa propre identité. Les Massaï connaissants des problèmes liées, entre autres, à la perte des terres qui les pousse souvent à trouver un travail dans les centre urbains du Kenya, se trouvent face à un problème identitaire, l’identité étant, dans leur culture, liée à la pratique du pastoralisme qu’à cause de l’éloignement de leur village ils ne peuvent plus pratiquer. À ce tiraillement identitaire vient s’ajouter l’image que les occidentaux et les agences touristiques diffusent d’eux. Si non conformes à l’image du Moran en habits traditionnels, avec la lance et les typiques long cheveux couleur ocre, les Massaï ne sont pas reconnus par les occidentaux habitués à voir dans les médias l’image du jeune guerrier en habits traditionnels. Les Massaï eux même pourraient ne pas se reconnaître dans l’image qui est donnée d’eux.

Que ça soit à des fins économiques, stratégiques, de propagande ou commerciaux, l’image des Massaï a été crée et façonnée suivant les besoins mais aussi les circonstances de l’époque. Souvent en empruntant les idées des sources préexistantes, dont le livre de Thomson reste le pilier fondateur, l’image a évoluée et s’est adaptée à son époque et à son environnement. Source de stéréotypes, ces images ont souvent figé les Massaï dans des catégories réductrices, qui ont été préjudiciables pour certaines de leurs relations interculturelles. Relations qui se sont souvent soit basée sur la création et l’utilisation de cette image, soit ont été façonnées par elle.

Le mythe du guerrier Massaï a fait et fait encore fantasmer l’Occident et, si les Massaï ont longtemps été éloignés de la fabrication et la diffusion de leur image, ils sont de nos jours, acteurs de la perpétuation de ce mythe. Souvent contraints de vendre leur image, faute de trouver une meilleure source de revenus, ils alimentent l’imaginaire entourant leur mythe. À l’époque de la globalisation et de la consommation de masse le mythe du guerrier Massaï fait vendre et sa durée de vie dépendra surtout de la durée des profits qu’il pourra encore engendrer. La grande partie des images des Africains étant crée par les occidentaux, elles sont souvent stéréotypées et réductrices. Jusqu’à quand les Africains et, dans ce cas précis, les Massaï ne seront pas maîtres de leur propre image, celle-ci sera souvent qu’un miroir des envies, des besoins, des fantasmes et des peurs des occidentaux.

DSC02394DSC02393

Postée par Sina